Nora Mebarek, co-Présidente de la délégation française du groupe S&D, vice-Présidente de la commission du développement régional

En décembre dernier, le Parlement européen a débattu en plénière du meurtre de Mehdi Kessaci et de l’urgence d’une action européenne ambitieuse contre le trafic de drogue. Cette semaine, nous avons adopté une résolution qui appelle à une réponse à la hauteur face à cette nouvelle étape franchie dans l’escalade de la violence.

Ce drame rappelle une réalité trop souvent reléguée au second plan : chaque drame laisse des victimes et des familles durablement exposées à la peur, à l’isolement et parfois à la précarité. Notre responsabilité politique est de les protéger. La résolution demande de mieux coordonner la protection des victimes et des témoins, et appelle les États à des mesures immédiates : relogement des familles menacées, accès à l’emploi, accompagnement durable.

Le narcotrafic, lui, ne connaît ni frontières ni trêve. Parce que les organisations criminelles opèrent à l’échelle européenne, notre réponse doit être collective, ferme et cohérente.

Si le travail de la police est indispensable, notre premier rempart reste la cohésion : l’emploi, l’école, les services publics. Là où s’accumulent inégalités, chômage, décrochage scolaire et sentiment d’abandon, le narcotrafic répand son poison et gangrène nos territoires. Nous ne pouvons pas nous contenter de traiter les conséquences : il faut s’attaquer aux causes profondes.

Nous défendons une politique de cohésion pleinement assumée comme outil de sécurité durable, pour renforcer la résilience des territoires et des communautés, leur permettant de se défaire de l’emprise criminelle du narcotrafic. Les fonds européens comme le FEDER, le Fonds de cohésion et le FSE+, doivent soutenir les territoires les plus exposés : rénovation urbaine, services de proximité, prévention, éducation, cohésion sociale.

À l’approche du budget 2028-2034, renationaliser la politique de cohésion, fusionner les fonds ou concentrer l’effort uniquement sur les régions les moins développées serait une faute politique : cela reviendrait à abandonner des quartiers populaires, y compris dans des régions intermédiaires ou plus riches, là même où le narcotrafic progresse.

La résolution défend enfin une approche globale : prévention, accès aux soins, traitement des addictions, réinsertion. Elle affirme également le rôle de la société civile à travers les associations, les éducateurs, les travailleurs sociaux, les collectivités locales qui doivent être reconnus et soutenus. Elle porte aussi un levier essentiel : faire des confiscations un instrument de justice sociale, en affectant une part des avoirs criminels confisqués à des objectifs sociaux et aux acteurs de terrain.

Face au narcotrafic, l’Europe doit cesser de détourner le regard. Bâtir une sécurité durable ne repose pas uniquement sur l’intervention des forces de police. Elle se bâtit dans le quotidien, par une école qui protège et qui tient ses promesses, des services publics qui restent, et une cohésion qui ne laisse personne au bord du chemin.