Pierre Jouvet, membre de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs
François Kalfon, membre de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs
Thomas Pellerin-Carlin, membre de la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie
La délégation française du groupe S&D au Parlement européen se satisfait de la proposition présentée aujourd’hui par le Commissaire Séjourné visant à introduire une préférence européenne dans certains secteurs stratégiques bénéficiant de financements publics.
Cette orientation marque une inflexion dans la doctrine économique européenne. Depuis trop longtemps, l’Union européenne applique un libre-échange naïf, laissant nos industries exposées à des concurrences déloyales massivement subventionnées, notamment en provenance de Chine.
Face à ces déséquilibres, nous affirmons un principe simple : l’argent des Européens doit soutenir l’industrie européenne, l’emploi européen et l’innovation européenne. Alors que les équilibres du monde sont bouleversés, nous regrettons que certains secteurs pourtant stratégiques aient été exclus de cette proposition.
La proposition sur la table aujourd’hui est l’aboutissement de nombreuses discussions au niveau européen et un point d’étape pour le combat politique que nous menons au Parlement européen en faveur de cet objectif clé de notre programme pour les élections européennes. Pour rappel, nous défendons depuis plusieurs années l’idée d’une préférence européenne dans les marchés publics et les investissements stratégiques comme le futur Fonds Européen de compétitivité, afin de protéger nos filières industrielles, accélérer la transition écologique et garantir notre souveraineté économique.
L’Europe doit désormais tracer sa propre voie et renforcer sa résilience afin d’exister pleinement dans un monde où les États-Unis assument leur Buy American Act et où la Chine déploie un soutien massif à ses industries. L’Europe ne peut plus être la seule puissance à refuser de défendre ses intérêts industriels et sa souveraineté.
Cette évolution est cruciale pour notre industrie automobile, pilier de l’économie européenne confronté à une concurrence mondiale intense. La transition écologique ne pourra réussir que si elle s’accompagne d’une stratégie industrielle ambitieuse pour produire en Europe les véhicules, l’acier, les batteries et les technologies qui feront la mobilité de demain.
Pour autant, nous serons vigilants à ce que la proposition présentée aujourd’hui soit élargie, renforcée et clarifiée. La préférence européenne doit être réelle et assortie de critères exigeants en matière d’emplois rémunérateurs, de production décarbonée et de recherche dans l’UE. Elle doit aussi s’appliquer pleinement aux chaînes industrielles indispensables à la transition écologique et à la souveraineté technologique du continent. Nous regrettons que, par principe, ses bénéfices soient octroyés à tous les pays avec lesquels nous disposons d’un accord commercial – ce bénéfice devrait être l’exception, non la règle par défaut.
La préférence européenne devra également s’articuler avec un contrôle accru des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques. Ils devront démontrer leur valeur ajoutée pour l’économie européenne – emplois locaux, approvisionnements européens, transferts de technologies – selon des critères définis par le texte.
Nous menons ce combat au Parlement européen pour que cette initiative devienne un véritable outil de réindustrialisation et de planification écologique.
Car une évidence s’impose désormais : il n’y aura ni transition écologique, ni justice sociale, ni souveraineté technologique, ni puissance européenne sans industrie en France et Europe.