François Kalfon, Membre de la Commission des transports
Un aéroport. Un écran d’affichage qui clignote. Un message laconique : « retard ».
Des familles assises par terre. Un rendez-vous manqué. Une correspondance perdue.
Pour des millions d’Européens, voyager en avion n’est pas un luxe mais une nécessité – pour travailler, voir leurs proches, se soigner. Et pendant longtemps, une certitude tenait : comme passagers, nous avons des droits.
Aujourd’hui, cette certitude vacille.
Sous la pression des lobbys, le Conseil de l’UE propose de raboter les droits des passagers : fini l’indemnisation après trois heures de retard. Il faudrait désormais attendre quatreou six heures selon la distance du vol. L’attente s’allonge, le droit s’efface.
Même logique sur les « circonstances extraordinaires » qui peuvent justifier un non-remboursement en cas de retard : là où le Parlement défend une liste claire et fermée, le Conseil préfère le flou. Une porte ouverte à toutes les interprétations, et à toutes les excuses pour les compagnies aériennes.
Et pendant qu’on affaiblit l’indemnisation, on multiplie les suppléments : demain, le Conseil de l’UE veut vous facturer votre bagage cabine. Bientôt, pour seul bagage inclus dans le prix du billet, une brosse à dents ? Comme le titre d’une émission jadis animée par Nagui… Le reste ? À la carte. À prix fort.
À quel moment a-t-on décidé qu’un billet d’avion imposait des obligations au passager, mais de moins en moins à la compagnie aérienne ?
À quel moment le Conseil a-t-il commencé à considérer qu’attendre des heures dans un aéroport faisait partie du voyage ?
Qui peut trouver normal que le voyage d’une valise coûte parfois plus cher que celui du passager qui la porte ?
Au Parlement européen, nous refusons cette régression. Nous défendons un principe simple, basique : quand un vol est retardé de plus de trois heures, les passagers doivent être indemnisés et recevoir une assistance.
Nous défendons aussi des règles claires et opposables :
– une liste exhaustive de circonstances réellement extraordinaires, limitée aux catastrophes naturelles, conditions météo extrêmes, ou conflits de travail imprévus ;
– le maintien du droit au remboursement ou au réacheminement en cas d’annulation ou de refus d’embarquement ;
– le droit d’emporter sans frais supplémentaires un sac à main, sac à dos et un bagage à main, jusqu’à 100 cm en dimensions cumulées et 7 kg. Voyager ne doit pas devenir un parcours de suppléments cachés qui triplent le prix du billet.
Ce débat n’est pas technique, ni anecdotique. Il est politique : il dit si l’Europe protège les consommateurs ou s’aligne sur les intérêts des plus forts. Nous choisissons la clarté, la justice et le respect des consommateurs.