La délégation française du groupe S&D au Parlement européen a voté contre les deux propositions visant à mettre en œuvre l’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis (“accord de Turnberry”).

Cet accord est inégal, injuste et contraire aux intérêts de l’Europe. Les États-Unis augmentent leurs droits de douane pendant que nous supprimons les nôtres. Washington verrouille son marché, l’Europe ouvre encore davantage le sien. Ce n’est pas un accord équilibré. C’est un marché de dupes.

Cet accord menace directement notre industrie. Les États-Unis imposent des droits de douane de 50 % sur l’acier et l’aluminium et de 15 % sur pratiquement tout le reste, pendant que nous réduisons à zéro les droits de douane sur 100 % des produits industriels américains. Au moment même où l’Europe subit déjà la surcapacité industrielle chinoise, ce choix est économiquement absurde et stratégiquement suicidaire.

Cet accord est illégitime et illégal. Il a été négocié sous la pression et les chantages de Donald Trump, et sans mandat de négociation donné à la Commission européenne. On ne bâtit pas une Europe puissance en cédant à l’intimidation. On ne défend pas notre souveraineté en validant après coup un rapport de force imposé par Washington.

À cela s’ajoutent des concessions inacceptables. Acheter pour 750 milliards de dollars d’énergie américaine, principalement fossile, revient à piétiner nos objectifs climatiques. Promettre 600 milliards d’investissements dans l’économie américaine alors que l’Europe manque cruellement d’investissements sur son propre sol est un non-sens historique. Quant aux flexibilités offertes sur des législations phares de l’Union européenne (RDUE, MACF, CSRD et CSDDD), elles reviennent à détricoter nous-mêmes les règles que nous avons eu tant de mal à construire.

Cet accord n’est pas seulement fragile, il est caduc. Les États-Unis l’ont d’abord violé en imposant des droits supplémentaires sur les dérivés d’acier. Puis la Cour suprême a jugé que Trump n’avait pas le pouvoir d’imposer les droits de douane qu’il prévoit. Faire croire que cet accord apporterait de la prévisibilité relève au mieux de la naïveté, au pire de l’aveuglement.

Enfin, pendant que nous votons cet accord, les États-Unis abandonnent l’Ukraine à la pression russe et couvrent la destruction de Gaza comme l’annexion de la Cisjordanie par Israël. Ce sont les signaux d’une puissance qui a choisi la coercition, le rapport de force et le mépris du droit international comme boussole. Faire des concessions commerciales à cette puissance-là, maintenant, c’est envoyer le message que l’intimidation paie. C’est exactement le contraire de ce que l’Europe doit faire.

L’accord de Turnberry était inacceptable en août, il l’est encore plus aujourd’hui. L’Union européenne ne peut pas prétendre défendre sa souveraineté, son industrie, son climat et ses emplois tout en acceptant un accord qui organise son désarmement commercial. L’Europe n’a pas besoin d’obéissance. Elle a besoin de courage. Elle n’a pas besoin de concessions unilatérales. Elle a besoin d’une stratégie claire, ferme et durable pour protéger ses intérêts, investir chez elle, défendre ses normes et assumer enfin le rapport de force.