Éric Sargiacomo, membre de la commission de l’agriculture et du développement rural
Claire Fita, membre de la commission de l’agriculture et du développement rural
Le Parlement européen a débattu hier lundi puis voté aujourd’hui de nouvelles règles de soutien et régulation pour le secteur viticole européen. Le « paquet vin » vise à mieux armer la filière face à une réalité brutale : baisse de la consommation, surproduction dans plusieurs bassins, pression concurrentielle, chocs climatiques répétés.
Pour la délégation française du groupe S&D, une chose est claire : pour aider les producteurs, il faut arrêter de les laisser seuls face à des marchés en crise, dans des rapports de force déséquilibrés. Le vin, c’est des savoir-faire, des emplois, des territoires. La dérégulation orchestrée à partir de 2008 a été une erreur, le texte qui vient d’être voté à une écrasante majorité tourne la page en réhabilitant les principaux outils de régulation du secteur que sont le contrôle des surfaces et les aides à l’arrachage.
Le paquet vin adopté va dans le bon sens, parce qu’il conforte une logique de régulation publique et apporte des outils concrets :
– Réguler plutôt que subir : le système européen d’autorisations de plantations est pérennisé. C’est un choix politique essentiel pour éviter la course au volume et la spirale de la surproduction. Les aides à l’arrachage sont de retour dans la boite à outil de la politique viticole européenne, ce n’est jamais de gaité de cœur qu’un viticulteur arrache ses vignes, mais le soutenir financièrement dans cette décision difficile est indispensable pour rééquilibrer le marché.
– Redonner du pouvoir aux producteurs : les organisations viticoles qui gèrent les indications protégées voient leurs capacités de régulation renforcées : elles pourront faire des recommandations de prix. Mieux organiser la filière, mieux anticiper les volumes, mieux défendre la valeur, c’est la condition pour ne pas laisser le prix se décider uniquement par les acteurs dominants.
– Étiquetage des vins désalcoolisés : des catégories « réduit en alcool », « faible teneur en alcool » et « 0,0 » sont créées afin de garantir une information compréhensible aux consommateurs.
– Faire face au choc climatique : des incitations financières renforcées pour la reconversion variétale et des investissements directement liés au climat ou à la lutte contre les maladies.
– Promotion des vins et œnotourisme : un financement européen renforcé pour aider les viticulteurs à développer de nouveaux clients et l’accueil de touristes.
Le paquet vin complète utilement la boite à outils de la politique viticole européenne. C’est maintenant aux filières, aux États membres et à la Commission européenne de se saisir de ces leviers. Le premier d’entre eux, c’est l’activation de la réserve de crise européenne pour financer un programme ambitieux de distillation de crise en France. La Commission doit répondre au plus vite à la demande française, il y a urgence !