Thomas Pellerin-Carlin, Membre de la Commission de l’Industrie et de la Recherche

 

Le Parlement européen a adopté aujourd’hui un rapport d’initiative sur « la souveraineté technologique européenne et les infrastructures numériques ».

 

Initialement désignée rapporteure sur ce dossier, Sarah Knafo n’a finalement laissé aucune empreinte sur le texte adopté. Grâce au travail conjoint des groupes pro-Européens – S&D, PPE, Renew et Verts – le rapport a été entièrement réécrit. Pour notre délégation, il était inconcevable d’abandonner un enjeu aussi stratégique que la souveraineté technologique européenne à l’extrême droite et à Reconquête.

 

À cet égard, la délégation française s’étonne de l’hypocrisie de l’extrême droite, qui tente aujourd’hui, par une communication mensongère, de s’approprier les lauriers de l’adoption de ce rapport, alors même qu’elle en a été politiquement exclue tout au long du processus de rédaction.

 

Plusieurs passages du texte les mettent d’ailleurs directement en cause, dont Reconquête, accusé de relayer un narratif affaiblissant délibérément la législation numérique de l’Union et ses principes. Le rapport que Madame Knafo revendique sien « dénonce le soutien offert par certains partis politiques – tels que l’AfD, Reconquête, le Fidesz ou Konfederacja – qui relaient des discours émanant de l’extérieur de l’Union et affaiblissent la législation numérique et les valeurs démocratiques de l’Union européenne ». Loin de réussir une quelconque « union des droites », ce dossier démontre au contraire l’incapacité de l’extrême droite à peser sur l’échiquier politique européen lorsque les forces pro-démocratiques font front commun.

 

Par ce rapport, nous affirmons que la souveraineté technologique doit être pensée comme un objectif à la fois stratégique et économique, au service de la compétitivité et de la capacité d’innovation de l’Union. Elle repose sur un effort d’investissement européen massif et coordonné dans les technologies et infrastructures critiques et d’avenir – fibre, cloud, espace, intelligence artificielle, semi-conducteurs, cybersécurité, câbles, quantique – afin de réduire nos dépendances stratégiques. Elle suppose également la mise en place d’une stratégie renforcée de sécurité et de résilience, capable de répondre aux risques de sabotage, de cyberattaques et aux effets de l’extraterritorialité des législations étrangères sur les données européennes.

 

Dans un moment aussi critique pour l’Union européenne, confrontée aux prédations russes, chinoises ou même américaines, nous réaffirmons à travers ce texte notre engagement de campagne : seule la souveraineté européenne est à même de garantir durablement la liberté des citoyens.

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Pour aller plus loin :

 

Dans le détail, ce rapport :

 

  • réaffirme la souveraineté de l’Union européenne dans l’application de ses lois, notamment numériques ;
  • condamne les interdictions de voyage imposées par les États-Unis à des responsables de la société civile engagés pour un environnement numérique plus sûr, ainsi qu’à l’ancien commissaire Thierry Breton ;
  • rappelle le rôle du Digital Services Act et son objectif : protéger les droits fondamentaux et faire respecter le droit européen — et non « réguler des opinions » ;
  • exige des garanties lorsque les très grandes plateformes déploient de nouvelles fonctionnalités, notamment d’intelligence artificielle générative, afin de prévenir la diffusion de contenus illégaux ou manipulés.

 

Enfin, ce rapport doit aussi être l’occasion de démasquer l’imposture que constitue le bilan de Sarah Knafo au Parlement européen depuis son élection.

 

Sur le climat et l’environnement, Sarah Knafo vote systématiquement contre l’avenir de notre planète : contre la loi climat visant la neutralité climatique le 13 novembre 2025, contre la directive sur la biodiversité marine en haute mer, ou encore pour l’affaiblissement de la directive sur le devoir de vigilance en décembre 2025. En plus de mettre en danger la santé publique, elle affaiblit l’Europe dans la lutte contre le dérèglement climatique et entretient notre retard industriel face aux États-Unis et à la Chine.

 

Sur le social et le travail, elle vote systématiquement contre le renforcement des droits des travailleurs : contre le rapport sur la numérisation, l’IA et le management algorithmique au travail en décembre dernier, contre les comités d’entreprise européens et donc contre le renforcement de la voix des salariés dans les multinationales. Derrière des discours prétendument « pro-peuple », elle vote contre les travailleurs et contre le modèle social européen.

 

Sur les droits fondamentaux, sa ligne réactionnaire est assumée. Ses votes sont hostiles aux droits des femmes, aux droits sexuels et reproductifs, aux textes de lutte contre les discriminations et aux garanties de l’État de droit. Elle s’aligne sur Viktor Orbán, vote contre le mécanisme de conditionnalité État de droit le 18 décembre 2025, contre le rapport sur les violations des valeurs de l’Union par la Hongrie en novembre 2025, contre la stratégie pour l’égalité femmes-hommes.

 

Sur l’Ukraine, la politique étrangère et la défense européenne, elle cherche à affaiblir le soutien européen à l’Ukraine et refuse des sanctions ambitieuses contre les régimes autoritaires. Son prétendu souverainisme est en réalité une capitulation : elle s’abstient sur le programme européen pour l’industrie de défense (EDIP) et sur la sortie de notre dépendance au gaz russe, créant les conditions de l’impuissance européenne.

 

Reconquête joue les patriotes. Mais au Parlement européen, Sarah Knafo vote l’impuissance : contre le climat, contre les droits, contre les travailleurs, contre notre sécurité. En bref, elle vote contre la seule souveraineté possible dans un monde de brutes : la souveraineté européenne.