300 milliards d’investissements européens : nous demandons la fin de l’opacité sur Global Gateway

Chloé Ridel, rapporteure, membre de la Commission des affaires étrangères

 

Demain, le Parlement européen adoptera un rapport porté notamment par Chloé Ridel sur Global Gateway, la stratégie par laquelle l’Union européenne entend enfin peser dans la bataille mondiale des infrastructures. Pour la délégation française du groupe S&D, ce vote signifie une chose : si elle veut devenir une puissance géopolitique crédible, transparente et désirable pour ses partenaires internationaux, elle doit ouvrir la boîte noire qu’est Global Gateway.

Lancée en 2021 comme alternative européenne aux « nouvelles routes de la soie » chinoises, Global Gateway devait incarner une autre voie : plus durable, plus juste, plus respectueuse des droits humains. Mais quatre ans plus tard, une question demeure : où sont réellement allés les 306 milliards d’euros annoncés par Ursula von der Leyen, selon quels critères, au bénéfice de qui, et sous quel contrôle ? Le Parlement européen dispose de trop peu d’informations sur les projets retenus et les financements effectivement mobilisés. Une telle opacité est inacceptable.

Aussi, le rapport demande une clarification sur les montants réellement mobilisés, sur les critères de sélection des projets, sur la gouvernance de l’initiative et sur les bénéficiaires effectifs. Il exige aussi que le Parlement puisse enfin exercer son rôle de contrôle, de suivi et d’orientation politique. On ne peut pas prétendre faire de Global Gateway un instrument phare de l’Union dans le monde tout en tenant à l’écart la seule institution démocratique qui représente les Européennes et les Européens.

Le rapport demande également une enquête sur l’implication d’entreprises chinoises dans des projets financés par Global Gateway. Cette exigence de vérité est élémentaire. On ne peut pas affirmer que Global Gateway constitue l’alternative européenne à la stratégie de Pékin et, dans le même temps, financer des dépendances à la Chine, des entreprises chinoises qui contournent nos règles, ou des contradictions stratégiques européennes majeures. Si l’Europe veut réduire ses vulnérabilités, elle doit cesser de financer ses adversaires.

Pour la délégation française du groupe S&D, Global Gateway doit devenir un véritable outil de souveraineté européenne. Cela suppose une préférence européenne claire, une meilleure protection de nos intérêts stratégiques, ainsi que des critères qui garantissent que les entreprises européennes, les pays partenaires et les partenaires de confiance gardent le contrôle opérationnel des projets.

Enfin, nous refusons que l’Europe reproduise les logiques de prédation des grandes puissances, à commencer par la Chine. Certains projets, notamment dans le domaine des matières premières critiques ou à travers le corridor de Lobito, montrent des dérives possibles : risques de déplacements forcés, dommages environnementaux, atteintes aux droits humains, marginalisation des communautés locales. Nous exigeons des partenariats d’égal à égal, car nous voulons une Europe crédible, fidèle à ses principes.